Réponses de Christine Boutin

1 - LA FAMILLE
Ces dernières années, la famille dite traditionnelle, constituée d'un homme et d'une femme unis dans le mariage pour le meilleur et pour le pire, a perdu son statut de modèle familial. De nouvelles formes de familles qui se sont développées seraient équivalentes au regard de l'éducation des enfants. Que pensez-vous du Pacs ? Etes-vous favorable à l'adoption des enfants par des couples homosexuels ?

Il n’est pas dans mon pouvoir de modifier une réalité qui existe depuis l’origine du monde, à savoir que c’est la relation naturelle entre l’homme et la femme qui fonde la société et la fait vivre. Partant de ce constat, je ne suis pas favorable à l’attribution d’un statut juridique aux partenaires homosexuels. J’estime en effet que l’état n’a pas à intervenir pour réglementer la vie privée des personnes. En tant que comportement privé, le comportement homosexuel relève de la liberté de la conscience personnelle. Il n’a pas à influer sur le respect que chacun d’entre nous doit porter aux autres, ni entraîner de discriminations. Si les personnes homosexuelles sont victimes d’une réelle discrimination, elles me trouveront toujours à leurs côtés pour les défendre.

Mais de là à considérer ce comportement comme anodin et à le mettre socialement sur le même pied que la relation naturelle entre un homme et une femme, il y a un pas que le responsable politique ne peut franchir. Le pacs a été une sorte d’ovni juridique. Mais au Pacs, les Françaises et les Français ont répondu avec intelligence : on nous en avait annoncé 5 millions, nous avons eu en réalité 55 000 PACS.

Quant à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, j’y suis totalement opposée. Au droit à l’enfant, je défends le droit de l’enfant. En effet, tout enfant a besoin, pour grandir, d’un papa et d’une maman - je choisis ces termes à dessein - et non d’un référent masculin et d’un référent féminin.

2 - LA VIE
Sur 100 conceptions, près de 20 grossesses sont interrompues avant leur terme en France. Ces interruptions sont très souvent vécues comme un échec ou une souffrance. Pourtant, les femmes souhaitent avoir davantage d'enfants et la natalité de notre pays (1,9) n'assure pas le renouvellement de la population. Que comptez-vous faire pour réduire le nombre d'avortement ? Et pour favoriser la natalité ?

D’abord, il faut dire la vérité. L’avortement laisse des blessures immenses chez les femmes qui le vivent, mais aussi leur conjoint, le personnel médical, les enfants qui suivent ou qui précèdent, et la société toute entière. Même dans la plus grande détresse, ou peut-être surtout dans la plus grande détresse, l’avortement n’est jamais la solution. Je reçois suffisamment de témoignages en ce sens pour en être convaincue. Et les professionnels honnêtes – gynécologues, psychiatres, psychologues, sexologues… - le savent aussi.

Pour réduire le nombre d’avortements, il faudrait plus d’aide pour la femme enceinte en grande difficulté : une aide matérielle adaptée et un soutien pour qu’elle puisse faire un vrai choix. En fait, il faudrait plus d’amour pour accueillir la vie et protéger la faiblesse.

Lorsqu’on aura le courage de regarder en face la réalité de l’Ivg, avec un infini respect pour les femmes, les hommes, les enfants blessés par cette réalité encore tabou, l’accueil de la vie apparaîtra comme une urgence humanitaire, et l’avortement une grave injustice.

3 - LA LIBERTE DE CHOIX POUR LA SCOLARITE DES ENFANTS
En France, pour les parents, le choix de l'école n'est pas garanti. C'est pourtant un droit fondamental. Il n'est pas assuré car les parents ne peuvent pas tous offrir une scolarité à leurs enfants dans le privé s'ils le souhaitent, et aussi en raison de la carte scolaire qui impose un établissement pour l'enfant. Pensez-vous supprimer la carte scolaire ? Que comptez-vous faire pour permettre à chaque parent d'inscrire son enfant dans le privé s'il le souhaite ?

La liberté de choix des familles entre enseignement public ou privé est essentiel, mais elle ne suffit pas. Nous devons assouplir la carte scolaire, limiter la taille des établissements, et au sein de programmes et d’objectifs définis et garantis par l’Etat, permettre au chefs d’établissements, de constituer des équipes soudées, et libres de leurs méthodes pédagogiques.

Avec 91 milliards d’euros consacrés à l’Education Nationale, la France a 12% d’illettrés, et la violence à l’école gagne chaque jour du terrain. Je veux remettre l’école au service de l’excellence pour chaque enfant, en adaptant les structures aux jeunes au lieu de les fondre dans un moule unique.

Méthode de lecture analytiques dans le primaire et soutien spécifique au démarrage scolaire des enfants de l’immigration, suppression du collège unique et valorisation des études pratiques et de l’accès aux métiers manuels parallèlement aux études abstraites, réhabilitation de la culture générale, développement de la formation continue et rétablissement à 14 ans de l’âge maximal d’obligation scolaire, revalorisation des métiers manuels, réhabilitation de l’autorité des enseignants par une politique salariale qui fasse droit au mérite et autonomie des établissements : par une politique soucieuse de préparer l’enfant aux responsabilités de la vie, l’école sera à nouveau le lieu de l’instruction.

4 - LES DROGUES
Alors que les drogues dites douces sont de plus en plus répandues et de plus en plus fortes (jusqu'à 35% de THC), alors que nombre croissant de suicides de jeunes, de violences, d'échec scolaire et de maladies psychiatriques est lié à la consommation de drogues, le débat sur la dépénalisation n'est pas clos et la prévention reste inefficace. Pensez-vous qu'il faut dépanaliser l'usage du canabis ? Que comptez-vous faire pour réduire l'importante consommation des jeunes dans les collèges et lycées ?

Je suis contre la légalisation du cannabis. Je propose dans mon programme de lancer une grande campagne d’information sur le cannabis et toutes les drogues. Savez-vous par exemple que la prise de cannabis, dès le premier joint, a comme intention son effet psychotrope. Cet effet sur le cerveau se traduit par une modification des perceptions auditives, olfactives et visuelles mais aussi un changement du mode de relation qui n’est plus contrôlé. On parle de liberté mais de quelle liberté quand il s’agit d’une aliénation qui subordonne partiellement conscience et agir à un produit ? Les répercussions biochimiques notables d’un seul joint demeurent dans l’organisme 23 jours après la prise.

Savez-vous aussi que dans les cas de toxicomanie sévères, dans 95% des cas l’on retrouve un premier joint, rapidement suivi par un second, puis.. c’est l’engrenage. Si bien qu’aujourd’hui, l’on estime à 35 000 par an le nombre de jeunes qui sombrent dans la toxicomanie. Le cannabis fait partie des drogues à action lente, d’autant plus dangereuse que son action est insidieuse.

Aucun parent responsable ne peut souhaiter voir ses enfants se réfugier dans la drogue pour affronter ou supporter la vie. Aucun politique responsable ne peut envisager raisonnablement, d’ouvrir, à ses citoyens, la porte à la toxicomanie. La dépénalisation aggravera la banalisation et les trafics et la pulsion vers la transgression se porteront naturellement vers les drogues plus dures qui demeureraient illégales.

Au lieu de s’engager sur la pente de la dépénalisation, je propose de développer une grande campagne de sensibilisation contre les effets méconnus du cannabis confirmés encore récemment par l’Académie de Médecine.

5 - PORNOGRAPHIE ET PEDOPHILIE
La pornographie explose sur internet et dans les magazines. En même temps, les violences sexuelles et les actes de pédophilie augmentent. Difficile de ne pas faire le lien. Quelle politique comptez vous mener pour contrôler l'invasion de la pornographie ? Pensez-vous que l'affichage de nudités dans la rue (murs, kiosques) doit être toléré ? Etes-vous pour ou contre l'utilisation de la femme comme argument publicitaire ?

La pornographie est omniprésente, dans les kiosques à journaux, sur les murs des villes, dans les grands magasins.., et surtout par l’intermédiaire du minitel, d’internet, de la télévision, de la radio et du téléphone dans le lieu par excellence auparavant protégé : la maison. Or, si sur une personne saine, la pornographie n’a pas de prise, sur une personnalité perverse, les spécialistes s’accordent à lui reconnaître une influence déterminante pour le passage à l’acte (chez les criminels sexuels la police retrouve toujours un matériel pornographique abondant). L’augmentation constante des viols et des actes de pédophilie en est la malheureuse illustration.

Pour lutter contre la pornographie des lois existent. L’article 227-24 du nouveau code pénal notamment. S’appuyant sur cet article de nombreux maires, en France, (de divers bords politiques) ont fait interdire toute publicité pour les minitels ou téléphones roses dans leur ville par exemple. De même, vous avez la loi pour vous, si vous demandez au responsable d’une librairie de ne pas proposer ses revues pornographiques à hauteur des yeux d’un enfant. Il faut donc avant tout faire appliquer des lois qui existent déjà.

Enfin, en tant que femme, je ne peux évidemment être pour l’utilisation de la femme comme argument publicitaire. Je propose dans mon programme plusieurs mesures :
- Promouvoir un label éthique « Respect des femmes » engageant les entreprises, les publicitaires et les médias contre les images dégradantes.
- Instituer contre la violence un pacte « de responsabilité familles-médias » engageant les diffuseurs.
- Organiser une riposte internationale contre la violence faite aux enfants notamment la prostitution.