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Des difficultés incroyables en seconde (niveau : CM !)

En tant qu'enseignant en classe de seconde, je prends de plus en plus conscience du niveau catastrophique des élèves.

Ils sont incapables de différencier -é/-er/-ait, accordent les verbes et conjuguent les noms.
C'est une carence grammaticale qui surgit en premier.

Cependant, en creusant, en revenant aux bases (les exercices de grammaire qu'ils n'ont pas fait au collège), je constate que la situation est bien pire :

1) Ils n'arrivent pas à associer un sens grammatical aux morphèmes (= -ait avec l'imparfait) (il serait intéressant d'étudier le lien avec les méthodes d'apprentissage de la lecture :
comment découper des lettres ou des syllabes (-é) pour leur donner un sens (passé passif ici), si l'on a une vision globale du mot ?

J'émets donc l'hypothèse que le démarrage global constitue un obstacle à l'apprentissage de la grammaire.

2) A ce propos, j'ai fait de la phonétique du français avec eux. Une amie orthophoniste a montré de l'enthousiasme en disant que je les aidais beaucoup, et qu'il fallait continuer — précision : elle m'a avoué à mi-voix que son chiffre était en grande partie dû aux carences de l'Education Nationale, et qu'elle n'utilisait que les méthodes syllabiques afin de réparer les dégâts.

Ayant vu la phonétique, lorsque j'ai expliqué, pour écrire le mot 'vieille', que 'ill' sert à noter le son [j], ils ont jeté un regard émerveillé, semblant COMPRENDRE l'orthographe pour la première fois.

Par ailleurs, j'ai fait un sondage. La majorité a appris avec la méthode Ratus.

Bref, ils ne savent pas associer un son à un graphème.

3) ils sont, pour la majorité d'entre eux, incapables d'accéder au SENS d'un texte. Autrement dit, ils ne comprennent pas ce qu'ils lisent.

Il faut dire que, cette semaine, j'ai dû expliquer (oui, toujours en seconde générale !!!) comment fonctionnait un pronom relatif, car ils cherchent l'antécédent n'importe où, y compris après le relatif. Bref, ils n'ont pas la structuration mentale qui permettrait d'ANALYSER le rapport entre les unités sémantiques, et donc d'accéder au sens du texte.

En fait, ils lisent le français comme on "doit" leur apprendre le latin aujourd'hui : en devinant le sens, grâce à quelques mots dispersés, comme un myope sans lunettes décrit ce qu'il voit à l'horizon. Entre les mots, des zones d'ombres : la syntaxe (inaccessible).

4) Ils manquent de vocabulaire COURANT. De nombreux collègues profs de sport me disent qu'ils ne comprennent pas les mots les plus simples — bref, qu'ils ne comprennent rien de ce qu'on leur dit. En sport! Alors imaginez en français — et pire, dans les langues étrangères.

5) Toujours grâce à mon sondage, j'ai découvert qu'un très grand nombre d'élèves, en apprenant à lire, ont appris par coeur le texte sur lequel ils travaillaient en classe, au lieu de faire l'effort de lire (toujours le même texte, c'est logique : la méthode globale ne s'appuie que sur l'enregistrement visuel des mots — il n'est pas question de déchiffrer ce que l'on ne connaît pas, ce qui explique la carence de vocabulaire par ailleurs).

Je vous cite ce qu'il m'a écrit (les fautes sont d'origine — en seconde, oui) :

"J'aprené le texte par coeur, on le répété tellement que je le conaissai par coeur et je le reciter. C'est ma mère qui ma apris à mieux lire".

On se croirait au XIXème siècle.

Je vous encourage dans votre démarche, pour mettre au grand jour l'échec catastrophique d'une utopie, rétablir la vérité, demander une évaluation réelle et indépendante du niveau des élèves à l'école, et aider à ce qu'une pédagogie plus sensée (à tous niveaux — ne parlons pas du nouveau Bac Français, il y a de quoi dire) ait le DROIT d'exister.

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