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Articles et communiqués de presse

Communiqué de presse - 31 janvier 2003

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Pour une grande majorité d’élèves, les mathématiques n’ont aucun sens. Elles leur ont été présentées par leurs enseignants comme une suite de règles à apprendre par cœur et à savoir appliquer, sans la moindre explication.

Or, si quelques élèves peuvent travailler ainsi, sans accéder au sens de ce qu’ils font, les autres en sont incapables. Ces derniers ont besoin de comprendre les règles pour pouvoir les retenir et savoir les appliquer. Ne pouvant bénéficier d’explications, ils vont soit souffrir de « dyscalculie » et être considérés comme « inaptes », soit collectionner des résultats médiocres et être considérés comme « pas fait pour ».

On pourrait ouvrir ces élèves aux mathématiques en leur en dévoilant le sens dès l'école élémentaire, et on le ferait si l’on ne se retranchait pas derrière une soi-disant « bosse des maths » dont ne seraient dotés que quelques privilégiés.

Mais, il en est tout autre du français. On ne peut accepter aussi facilement que des enfants soient « inaptes » ou « pas fait pour » et ceci explique l’inquiétude que suscitent l’illettrisme et les difficultés de lecture ou d’expression.

Et pourtant, la cause est identique. Ce que nous avons fait des mathématiques, nous le faisons aujourd’hui du français. Les méthodes semi-globales d’enseignement de la lecture ont pour conséquence d’écarter l’enfant du sens des mots, des phrases et des textes, et finalement de la langue française. Dès la maternelle, apprendre les mots comme des images, mémoriser par cœur ces images par liste entière pour pouvoir ensuite les réutiliser dans la lecture ou l’écriture, sans s’intéresser à la manière dont ces mots sont construits, aux lettres et syllabes qui les composent, à leur signification précise, c’est être écarté très tôt du sens de l’écrit.

Or, si certains s’autorisent à considérer comme peu importante la compréhension des mathématiques (en omettant un peu trop rapidement tout ce qu’elles apportent pour la compréhension du monde et pour la formation des capacités de raisonnement), tous s’accorderont sur la nécessité d’une bonne maîtrise de la langue française. Sans elle, la scolarité, et même la vie, deviennent un parcours du combattant. Jack Lang l’écrivait d’une manière poétique dans un article du journal Le Monde daté du 2 septembre 2002 :

« [La langue nationale] est notre maison commune. Un enfant privé des clés d’accès à cette maison est un enfant blessé, humilié, exclu. Là naît une violence qu’aucune prison ne saura jamais guérir ».

Il est urgent de revenir au sens dans l’apprentissage du français. Et ceci signifie interdire avec détermination l’usage des méthodes de lecture à départ global, qui sont en plus aujourd’hui rapides et silencieuses. Rapides car selon certains, il faut optimiser la lecture du petit enfant sous la pression du chronomètre. Silencieuse, car il faut supprimer la subvocalisation, qui est pourtant le moyen par lequel la personne accède au sens précis de ce qu’elle lit. Et tout cela se fait par de multiples exercices qui écartent l’enfant de la recherche du sens dès son plus jeune âge (travail sur des non-mots et des textes hors-sens).

Privés très tôt du sens, quelques élèves s’habitueront à faire des exercices de français sans comprendre, comme ils le font en mathématiques. Mais il y a là une différence de taille car ne pas comprendre ce qui est fait en français est lourd de conséquences pour l’avenir.

De plus, il ne faut pas oublier cette majorité d’enfants qui souffre de ne pas comprendre. Avec comme conséquences des dyslexies pour les cas les plus graves, des frustrations et d’importantes difficultés pour les autres : compréhension limitée des textes, mauvaise orthographie, expression très pauvre, …

La solution est simple. Jack Lang l’a donnée alors qu’il n’était plus Ministre de l’Education :

« Aux oubliettes la méthode globale ! Place à un horaire spécial pour la grammaire, elle-même recentrée sur la relation entre le verbe et son sujet et entre le verbe et les compléments. Place au retour de l’orthographe reposant sur l’intelligence de la syntaxe et du lexique. Place à la connaissance exigeante des conjugaisons et à la découverte du vocabulaire. Place aussi à l’écriture cursive et à la prise de notes personnelles au lieu et place de la photocopie » (Le Monde, 2 septembre 2002)

Cela pourrait se résumer ainsi : « Place aux méthodes alphabétiques d’apprentissage de la lecture et à la grammaire analytique ». Ou : « Aux oubliettes les méthodes semi-globales ou mixtes et la grammaire fonctionnelle ».

Mais quel enseignant suit ces recommandations dans ses classes ? Pourquoi Jack Lang ne l’a-t-il pas dit aussi clairement lorsqu’il était Ministre ? Pourquoi Luc Ferry ne tient-il pas un discours aussi ferme ? Pourquoi le livret destiné aux professeurs du CP, comme faisant partie du plan de lutte contre l’illettrisme de Luc Ferry, ne propose-t-il que des exercices de lecture globale ? Pourquoi n’enseigne-t-on dans les IUFM que des pédagogies qui excluent le sens et ne sont pas structurantes ? Pourquoi les manuels scolaires ne proposent-ils que la lecture semi-globale et la grammaire fonctionnelle ? Que se passe-t-il en France ? Qui contrôle quoi ?

Le sens disparaît progressivement des premiers apprentissages et personne ne semble s’en inquiéter au Ministère. Mais, ce sont les clés d’accès à une réflexion autonome qui sont ainsi refusées aux enfants d’aujourd’hui. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour leur avenir.

Nos interventions auprès d’enfants en difficulté d’apprentissage ne laissent plus de place au doute : l’augmentation des difficultés, de l’illettrisme et de l’échec scolaire sont à mettre sur le compte des méthodes mixtes d’enseignement de la lecture et de la grammaire fonctionnelle, largement pratiquées dans les écoles maternelles et élémentaires.

Le nombre et l’importance des difficultés augmentent. Si rien n’est fait pour le retour du sens dans les premiers apprentissages, par le moyen de pédagogies structurantes, nous ne pourrons bientôt plus y faire face.

Pour sensibiliser les parents et les enseignants, nous avons mis à leur disposition un site Internet (oipef.org) qui explique en détail ce que nous affirmons ici et donne des idées d’action pour y remédier. Il y a urgence à le consulter et à le faire connaître.

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Pétition

Campagne pour l'abandon des méthodes non syllabiques d'enseignement de la lecture.

Signez la pétition de l'association Famille-école-éducation
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