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Prévenir la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie, et y remédier.

Conférence d'Elisabeth Nuyts, avril 2004 - page 2

I. CONDITIONS NECESSAIRES A LA MISE EN PLACE CORRECTE D’UN APPRENTISSAGE.

Il faut avoir en mémoire que tout apprentissage, dans quelque activité que ce soit, consiste à monter des circuits neuronaux qui seront réutilisés automatiquement.

Tout le travail effectué par la suite, s’il n’est pas repris par une rééducation méthodique, découlera donc de la possibilité que l’on aura eue ou pas de monter dans chacune de ces activités spécifiques, des circuits neuronaux adéquats.

C’est-à-dire des circuits qui permettent :
- l’intégration consciente des informations sensorielles
- la prise adéquate de repères spatiaux-temporels
- la compréhension fine
- et la mémorisation à long terme.

Si l’une de ces étapes manque au cours d’un apprentissage, celui-ci sera forcément défectueux. Ainsi donc, avant même de lancer notre enfant dans les grands apprentissages de base, il nous faut :
- veiller à ce qu’il puisse bien intégrer consciemment toutes ses informations sensorielles,
- et construire sa latéralisation.

I 1. L’intégration consciente des informations sensorielles.

Un cerveau d’enfant est très différent de celui d’un adulte par les circuits qui l’occupent : il est tout en devenir. C’est donc à l’environnement, d’abord à la famille puis à l’école où l’on entre de plus en plus tôt maintenant, que revient la responsabilité de développer les bons circuits.

On pourrait penser qu’il suffit qu’un petit enfant ait de bons yeux pour voir, de bonnes oreilles pour entendre, des mains pour explorer le monde. Or, il lui faut aussi établir des connections entre ses yeux, ses oreilles, ses mains et sa conscience pour pouvoir percevoir consciemment le monde. Et l’expérience m’a prouvé que ces connections nécessitaient l’intermédiaire du langage, à un niveau ou un autre de l’entrée ou du traitement de l’information. Sans parole, nous dit d’ailleurs le philosophe OUAKNIN, l’enfant pourrait certes percevoir le monde, mais celui-ci lui resterait extérieur.

Pour éviter que l’enfant soit dépersonnalisé, il faut donc lui donner très tôt l’habitude de mettre en mots ses différentes perceptions. Il lui faudra parler pour voir, pour entendre, pour toucher, et pour manipuler consciemment. Parler encore pour lire et pour écrire, parler pour comprendre et pour mémoriser consciemment. Et c’est là, en effet, par le développement de la parole, et ensuite, la mise en place de la pensée langagière, que commence la prévention de tous les troubles dont nous allons parler maintenant.

On peut s’étonner que tous nos enfants aient besoin de parler. Depuis La Garanderie en effet, on sait que les visuels s’ouvrent au monde par la vue, les kinesthésiques par le geste, et les auditifs par l’ouïe. Mais mon expérience m’a prouvé également que, malgré ces différences, la parole va jouer chez chacun d’eux un rôle important, à un stade ou un autre de leur cheminement, selon leur mode cognitif. Regardons le schéma suivant pour comprendre dans les grandes lignes le fonctionnement des visuels, des auditifs, et des kinesthésiques, et le rôle de la parole chez chacun d’eux.

I. 2. Le fonctionnement des trois modes cognitifs.

Le visuel :
- accède à la connaissance intuitive par l’œil, globalement
- a une mémoire visuelle
- a pour repère l’espace
- a devoir transcrire les informations auditives pour les intégrer

Mais pour pouvoir tenir compte de la réalité il sera obligé de recourir à l’analyse verbale.

Le kinesthésique :
- accède à la connaissance intuitive par le geste
- sa mémoire est gestuelle, mais il a aussi une mémoire à court et moyen terme auditive et visuelle
- ses gestes s’inscrivant à la fois dans l’espace et le temps, ses repères sont et l’espace et le temps

Mais cet être curieux de tout accède à la perception consciente, au raisonnement autonome, et à la mémoire à long terme par l’analyse verbale.

L’auditif :
- a aucun accès aux informations visuelles et gestuelles complexes sans parole.
- accède à la connaissance intuitive par l’oreille et la parole
- sa mémoire est auditive
- son repère est le temps, car sa parole s’inscrit dans le temps.

Lui aussi est curieux, et, comme les autres, son accès à la perception consciente, au raisonnement, et à la mémoire passe par l’analyse verbale.

Chez tous donc, malgré leurs différences d’accès et de traitement de l’information, la parole est nécessaire. Chez le visuel, il semblerait qu’elle soit au moins la clé de son autonomie. Chez le kinesthésique, elle conditionne son accès à la conscience. Chez l’auditif, elle est vitale, puisque l’entrée même des informations sensorielles en dépend.

Si donc on veut ouvrir tous nos enfants à l’école, il est essentiel de respecter leur mode de fonctionnement. Ils ont tous besoin de parole, d’analyse, et de temps. A voir leurs besoins fondamentaux, on peut se demander quel sera l’impact sur chacun d’eux d’une méthode d’apprentissage de la lecture qui ne part pas de l’élément, qui est silencieuse dès le CP CE1, et qui devient rapide dès le CE1. Cela ne risque-t-il pas de causer des déficits d’analyse et de repères temporels ?

Le plus gêné sera incontestablement l’auditif. Lui qui dès sa petite enfance nous émerveillait justement par la richesse et la pertinence de son vocabulaire, la construction de son langage, et ses capacités de raisonnement, va réagir très négativement à la lecture globale ou mixte, qui est de surcroît maintenant très rapidement silencieuse et rapide. Souvent dyslexique, il récoltera des résultats bien inférieurs à ses capacités. Mais les autres ne seront pas épargnés par une pédagogie des premiers apprentissages qui ne respecte pas leurs besoins essentiels.

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