Une société en quête de
repères
Beaucoup d'observateurs
considèrent les évènements de Mai 68
comme le déclencheur d'une perte de repères
dans la société. C'est un peu
schématique car cette évolution n'est pas une
exception française.
"Il est interdit
d'interdire" est un slogan qui a certainement
contribué à dissoudre la notion même
d'autorité jusque dans les écoles. Cependant,
les espoirs mis dans l'évolution technique de nos
sociétés peuvent aussi expliquer un
intérêt croissant des personnes pour le
bien-être matériel, mettant de
côté la quête du bien-être
spirituel. D'où le peu d'intérêt que
peuvent représenter les lieux d'acquisition du savoir
pour des jeunes qui mettent leur espoir davantage dans le
fait d'avoir que dans celui d'être.
Le peu de temps passé
à comprendre ce qui fait l'homme explique le manque
de repères chez beaucoup de nos concitoyens. La
multiplication des ouvrages sur l'éducation et leur
diffusion très large montrent que de nombreux parents
ne savent pas ce qu'il faut faire pour que leurs enfants
soient heureux.
La France possède le
triste record de suicide des jeunes. Le mal-être est
croissant chez ces jeunes qui réclament des valeurs
et des repères à une société peu
capable de lui en donner, car trop relativiste pour se
croire autorisée à les transmettre. A chaque
jeune de se construire ses propres valeurs, dit-on.
Tout mal-être produit
une forme de violence. Violence contre soi-même et
c'est le suicide, violence contre les autres et c'est la
délinquance. Soyons donc rassurés de ces
violences externes : c'est un moindre mal. Mais c'est aussi
un appel, comme le signale Jean-Marie Petitclerc,
éducateur spécialisé à
Argenteuil (Le Figaro, 27/01/2000) : "On a tendance à
dire que les jeunes manquent de repères, de valeurs.
Mais quels repères, quelles valeurs veut-on leur
donner ? Il existe un silence total sur tout ce qui peut
donner sens à la vie et rappeler qu'on ne doit pas
agresser ou tuer pour des biens de consommation".
Reconstruire ces
repères est un long travail. Mais, en sommes-nous
vraiment capable dans la mesure où il nous est devenu
difficile de croire qu'il puisse y avoir une
vérité absolue sur l'homme, que l'on puisse
s'entendre sur ce qui est bien et sur ce qui est mal
?

Une justice des mineurs inadaptée
Les délinquants sont
de plus en plus jeunes. Des enfants peuvent montrer des
comportements très violents dès l'âge de
10 ans. Face à ces pré-adolescents, la justice
n'a aucun recours.
Cela est si vrai que les
altercations qui se terminent quelques fois par la mort d'un
jeune sont le plus souvent le fait de jeunes
délinquants multi-récidvistes. Il suffit de
lire le récit des actions du tueur de Nicolas Bourgat
dans le livre qu'a écrit son père à ce
sujet : il est étonnant de voir comment un mineur
peut passer entre les filets de la justice et agir
impunément sans le moindre risque de perdre sa
liberté, pendant plusieurs années, tout en
étant identifié par la police comme
dangereux.
Selon l'ordonnance du 2
février 1945, qui régit la justice des
mineurs, un mineur de moins de seize ans ne peut pas, sauf
s'il a commis un crime, être placé en
détention provisoire. En théorie, il peut
être condamné à une peine de prison mais
en pratique, dans les cas les plus graves, il est
placé dans une structure habilitée et ouverte.
Des structures qui sont de véritables passoires (les
fugues sont simplement signalées à la police
mais rien n'est fait pour les empêcher).
Christian Jelen, dans son
livre La guerre des
rues rapporte ce
dialogue entre un gamin de 8 ans et un policier :
- Quand j'arriverai à
la pédale des Mercedes, je les faucherai
- Et si tu te fais prendre
?
- Qu'est-ce que je risque,
répond l'enfant en éclatant de rire.
Ailleurs, il cite les propos
d'un procureur au tribunal de grande instance :
"Malgré l'implication des élus locaux, des
services d'enquête, la mobilisation
d'éducateurs de la Protection judiciaire de la
jeunesse en faveur de ces jeunes et de leurs familles, les
mesures d'éloignement, avec accompagnement
d'éducateur, escorte de police ou de gendarmerie vers
des structures d'encadrement, se sont soldées par des
échecs, car ces jeunes savent qu'en matière
délictuelle ou contraventionnelle, ils ne peuvent
aller en prison, qu'ils ont toutes les possibilités
de regagner leur lieu de délinquance,
auréolés d'une gloire nouvelle, et de
reprendre assez rapidement leurs activités."
Les trafiquants de drogue
qui ont bien compris cela utilisent les mineurs pour faire
leurs courses. Face à une justice qui n'a aucun moyen
de freiner le multi-récidivisme de certains mineurs,
des associations se sont créées pour obtenir
une modification de l'ordonnance de 1945. Leur combat ne
fait que commencer.

La Démagogie
Le démagogue
s'efforce de flatter la multitude pour gagner et exploiter
sa faveur. Il est peu probable qu'il applique à sa
vie ce qu'il clame haut et fort. Le plus souvent, son bon
sens le lui interdira.
La Démagogie,
cherchant à plaire à chacun, met en avant les
libertés et droits individuels, ce qui, poussé
à l'excès, produit un grand nombre
d'injustices et prive les citoyens des droits fondamentaux :
droit à la vie, droit à la
sécurité, droit au travail.
La Démagogie est
cause d'individualisme et, en raison de la recherche
d'intérêts personnels qu'elle promeut, de
dé-civilisation et de violences. Comme le dit si bien
Alfred Croiset : " la démocratie n'a pas d'ennemie
plus redoutable que la démagogie ".
La Démagogie a ouvert
les portes de l'Ecole et a autorisé l'entrée
de la drogue. Elle a même osé dire que la
drogue était moins nocive que la cigarette. Les
jeunes qui ont réussi à s'en sortir crient
aujourd'hui leur dégout de ne pas avoir
été prévenu ; les autres, ceux qui
n'ont pas réussi, continuent à
s'autodétruire à petite dose.
La Démagogie a
déclaré que l'Elève devait surtout
être heureux en classe et que la transmission de
connaissances n'était qu'une des missions secondaires
de l'Ecole. C'est ce jour là que le Maître a
perdu ce qui faisait son autorité. Les jeunes qui
veulent apprendre crient aujourd'hui leur besoin
d'être encadrés, dirigés,
véritablement enseignés : ils veulent des
maîtres qui aient les moyens de se faire
respecter.
La Démagogie a son
Credo : l'égalité de tous ou plutôt,
l'identité de tous, afin de pouvoir plaire à
tous. Pour atteindre cet idéal, il lui faudra limiter
l'instruction de la multitude pour qu'elle adhère
plus facilement à un mode de pensée unique
élaboré par ses intellectuels. Ensuite, il lui
faudra rejeter toute espèce de différence en
traitant chaque citoyen de la même façon
(collège unique, par exemple, dont on a fini par
reconnaître que c'était une erreur). Il lui
faudra enfin limiter le rôle éducatif des
parents qui risquent de s'opposer à la transmission
d'une pensée unique à leurs enfants.
La violence est un des
mauvais fruits de cette politique. "La démagogie
s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe
d'égalité s'abâtardit en principe
d'identité. Alors, le soldat refuse le salut au
capitaine, car le soldat, en saluant le capitaine,
honorerait un individu, et non la nation" Saint-Exupery,
Pilote de
guerre. Il n'est pas
étonnant que certains refusent l'ordre établi
qui contredit le principe d'identité promu par la
Démagogie.
Face à la
Démagogie, l'homme de la rue, des hommes et des
femmes fervents partisans du "bon sens", se dressent. Des
garants de la démocratie qui nous préviennent
contre la manipulation de la Démagogie. L'homme de la
rue existe à tous les niveaux de notre
société, ce qui permet de conserver l'espoir
d'une réaction salutaire.
Reste que la
Démagogie a creusé un fossé entre les
gouvernants et l'homme de la rue : deux populations qui ne
se comprennent plus comme le montre la multiplication des
médiateurs et le peu d'intérêt pour la
chose politique. La visite récente d'un membre du
ministère de l'Education nationale dans un
collège touché par des violences l'illustre
merveilleusement bien. A la demande de solutions durables
pour endiguer le phénomène, la réponse
fut : "nous allons faire ce qu'il faut pour que vous
puissiez emmener les enfants à la piscine".
Las de cette
Démagogie, l'homme de la rue demande moins de
réforme, moins de discours, mais des moyens et une
certaine autonomie pour mener à bien ses initiatives
et résoudre les problèmes qui lui sont
posés selon le bon sens qui est le sien.

Une politique de non intégration des
immigrés
La Démagogie a aussi
décidé qu'il fallait respecter les
différences au nom de la tolérance et
éviter de proposer à l'immigré une
véritable intégration à son pays
d'accueil. Elle a favorisé ainsi le regroupement de
populations immigrées qui, tout en vivant
physiquement dans le pays, ont la possibilité de
vivre en dehors de la République selon
l'esprit.
Dire que la violence
s'explique en partie par cette non-intégration,
c'est, selon la Démagogie, faire preuve de racisme.
Mais, peut-on raisonnablement demander à un
immigré qui ne parle pas la langue de notre pays de
respecter des lois citoyennes dont il ignore les raisons, de
respecter des règles administratives qu'une personne
maîtrisant le français arrive à peine
à comprendre ?
Trouvons-nous si anormal que
des personnes non intégrées rejettent une
société qu'elle ne comprennent pas et
traduisent ce rejet par des actes de violences ? Ce que nous
considérons "violences verbales" de leur part est
souvent simple "ponctuation" dans leur culture : leur
expliquer que notre société n'est pas
prête à les accepter et qu'ils doivent
s'adapter à la bienséance de notre pays n'est
pas du racisme mais le devoir d'une nation qui ne veut pas
perdre son identité.
Rachid Kaci,
président de Démocratia, tente d'expliquer
pourquoi les violences sont souvent le fait de populations
immigrées (Le Figaro, 26/01/2000) :
"La misère sociale,
la vie difficile en banlieue ne peuvent pas tout expliquer.
En effet, si la misère, seule, engendrait
forcément et inéluctablement la violence, ce
serait à désespérer de notre
système d'égalité des chances si
souvent montré, à juste titre, en exemple dans
le monde. Et puis, enfin, si l'affirmation était
fondée, nos rues seraient pleines de
délinquants !
Il faut trouver les raisons
de cette surreprésentation dans le mode
d'éducation des familles immigrées d'origine
africaine et maghrébine.
Celui-ci est d'une
extrême violence, tant verbale que physique.
L'autorité du père, par tradition, y est
excessive et le système de valeurs est en
décalage total avec celui du pays d'accueil, la
France.
Les enfants de l'immigration
baignent dans cette contradiction perpétuelle entre
une vie familiale régie par le respect d'une
autorité et une vie en société
où la permissivité est de rigueur. Ils ont
effectivement tendance à profiter, au mauvais sens du
terme, des espaces de liberté que leur offrent la
société et l'école en particulier. Ils
passent ainsi parfois d'un excès (la soumission
parentale) à l'autre, comme pour s'affirmer
(...)
Nous avons aujourd'hui des
habitants de France, et non plus des Français,
faisant état, de plus en plus, d'une appartenance
particulière ethnique, religieuse, sexuelle,
régionale... avec des revendications bien
précises liées à leur propre
catégorie sociale."
Cette non-intégration
est évoquée par Christian Jelen, dans
La guerre des
rues :
"En 1985, Jean-Pierre
Chevènement, alors ministre de l'Education nationale,
déclare qu'il est urgent d'apprendre aux
élèves le bon usage du français.
Aussitôt, des enseignants se lèvent contre
cette "suggestion antisociale propre à casser la
créativité des élèves, surtout
à humilier les fautifs, souvent issus des classes
défavorisées". (...) Or, ainsi que le rapporte
Danièle Sallenave, "le non-apprentissage du langage
à l'école primaire, c'est le non-apprentissage
de la pensée. Ne pas y apprendre à
écrire, à parler et à lire, c'est ne
pas y apprendre à penser". D'où la violence
des gamins qui entrent au collège en étant
quasi-analphabètes. On ne peut quand même pas
leur demander de rester assis, huit heures d'affilée,
sans rien comprendre. Alors, ils créent
forcément la pagaille"
Le temps est passé
où l'on enseignait l'arabe comme langue principale et
le français comme langue étrangère dans
certains collèges. Tout le monde s'accorde pour
mettre l'accent sur l'apprentissage du français.
Souhaitons que l'Ecole s'en donne les moyens. L'Echec
scolaire, lié le plus souvent à une
non-maitrise du français en sixième, rejette
des jeunes à la rue, des jeunes sans perspective
d'avenir qui ne trouvent comme moyen d'expression que la
violence.