L'analyse de l'actualité - 27 septembre 2002
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On ne peut pas dire que l'actualité de l'éducation soit particulièrement fournie en ce moment. L'attention est concentrée sur le nombre de postes de surveillants et sur le budget.
Bien que le Ministre annonce une revalorisation de la rénumération des enseignants (peut-être pour rendre le métier plus attirant), les syndicats maintiennent leur projet de grève pour le 17 octobre prochain.
Il faut essayer de comprendre la position des syndicats. Ils connaissent mieux les dossiers que le commun des mortels et mènent certainement un combat légitime. Cependant, les grèves devenues traditionnelles à l'annonce de la moindre réforme laissent perplexes.
Ayant eu la chance de participer à une journée de réflexion sur l'illettrisme à Marseille, prenant le risque d'être trop schématique, je vous livre cette réflexion qui n'engage que moi. Il semble que deux courants de pensée s'affrontent d'une manière perpétuelle, deux approches opposées qui empêchent les spécialistes de l'école de se mettre d'accord et qui freine la résolution des problèmes.
Il y a d'un côté les partisans de la rédemption par le groupe. Expliquons : l'enfant ne peut grandir qu'au sein d'un groupe. Le progrès de l'enfant est produit par la dynamique de groupe. Le plaisir d'être ensemble est mis en avant. Le fait de vouloir s'occuper en priorité d'un enfant en difficulté est considéré ici comme une stigmatisation des difficultés de l'enfant. Le traitement personnalisé est donc interdit. Ajoutons à cela le thème de la lutte des classes : l'enseignant habituellement issu de la classe bourgeoise ne veut pas dans sa classe des enfants de milieux populaires à problème, c'est pourquoi il prône un traitement spécifique des difficultés de l'enfant, afin de l'exclure de sa classe. C'est en tout cas l'intention qu'on lui prête.
En face, la rédemption par l'individu. L'individu a en lui les ressources de son progrès. Chaque individu est unique, chaque individu a ses propres processus d'apprentissage. L'important est le développement personnel et l'enseignement doit être personnalisé. A l'exagéré, on tombe dans l'individualisme et ce qui est habituellement dénoncé par les premiers, l'élitisme. Il prône le travail dans l'effort, l'exigence du contenu des apprentissages et craint, parfois à l'exces, que la dynamique de groupe échoue et entraine une baisse de niveau général.
On retrouve deux racines historiques qui peuvent permettre d'expliquer ces deux courants : le marxisme qui met l'accent sur le groupe, dont le progrès finira par rejaillir sur l'individu, et le christianisme qui met l'accent sur l'individu, dont le progrès finira par rejaillir sur le groupe. Il ne s'agit donc pas d'une opposition politique mais d'une opposition plus profonde car philosophique.
Ceci explique, me semble-t-il, la difficulté qu'ont les uns à aller vers les autres. Amusez-vous à écouter les discours des uns et des autres, intéressez-vous aux analyses de la presse et essayez de retrouver ces deux courants. Cela vous rendra plus supportable ces débats stériles qui consomment beaucoup d'énergie et freinent les meilleurs idées.
Frédéric Prat
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