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Robien et les méthodes globales

Ressources : Actualités : Analyses


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En raison de la polémique qui a suivi les déclarations du Ministre Gilles de Robien sur les méthodes globales, nous vous proposons des éléments pour bien comprendre les enjeux de cette question :

Les méthodes globales ont-elles disparu depuis 20 ans, au profit de nouvelles méthodes ?

Il n'y a en réalité que deux méthodes possibles pour l'enseignement de la lecture et toute l'astuce des opposants au Ministre est de faire croire qu'il y a une troisième voie possible.

Soit on part de l'élément, le phonème, la lettre ou la syllabe, et on apprend à lire des mots et des textes grâce à la connaissance que l'on a des éléments : on parle alors de méthode synthétique (on fait la synthèse des éléments pour former des ensembles). C'est une méthode dont l'approche est syllabique. Cette démarche est progressive, organisée. Elle fait aller des structures les plus simples aux plus compliquées.

Soit on part de l'ensemble, le texte, le mot ou les sons complexes, et on cherche à distinguer les éléments qui les composent, par analogie sur les formes et les sons rencontrés : on parle alors de méthode analytique (on fait l'analyse des ensembles pour en trouver ses éléments). C'est une méthode dont l'approche est globale. Cette démarche est plus ou moins organisée, selon les maîtres. Certains laissent les enfants trouver tout seul, d'autres accompagnent la démarche. Certains enseignent la lecture au hasard des découvertes, d'autres ont en projet la découverte des éléments dans un ordre pré-établi. Certains utilisent des textes pris au hasard, d'autres utilisent des manuels avec des textes pré-selectionnés pour accompagner les découvertes. L'approche globale renferme une multitude d'appellations : semi-globale, mixte, naturelle, intégrative, idéo-visuelles.

Aujourd'hui, c'est l'approche globale qui est utilisée dans la plupart des classes de CP, les méthodes syllabiques ayant été pourchassées par les inspecteurs. Nous avons eu l'occasion de rencontrer les responsables de la DESCO (Direction de l'Enseignement SCOlaire) : ils considéraient il y a un an que revenir à l'approche syllabique serait une régression sans précédent.

Il est donc faux de dire que les méthodes globales ont disparu depuis 20 ans.


Les méthodes de lecture à départ global sont-elles responsables d'une épidémie de dyslexie ?

Le Ministre n'a pas assez insisté sur la distinction entre les vraies dyslexies et les fausses. Il l'a fait devant le CSE (Conseil Supérieur de l'Éducation) mais pas à l'Assemblée. Lorsqu'il parle de dyslexie, il parle des troubles de l'apprentissage que certains enfants manifestent alors qu'ils n'ont aucune espèce de dyslexie. Mais, très souvent, ces troubles sont assimilés à de la dyslexie.

Trop d'enfants sont déstabilisés par l'approche globale qu'on leur impose dès l'âge de 4 ans. Un enfant de cet âge ne peut pas comprendre le principe alphabétique. Si on cherche à lui apprendre quand même la lecture, on ne pourra le faire qu'en considérant les mots comme des images. Le mot n'est alors pas considéré comme constitué d'éléments, il est pris dans sa globalité et l'enfant doit le mémoriser visuellement. Il n'apprend pas à lire : il apprend le "nom" des mots. Plus tard, on considère qu'il faut continuer dans cette voie en lui faisant mémoriser visuellement un certain nombre de mots dits "mots-outils". C'est seulement après que l'on s'intéressera au code alphabétique, quand l'enfant aura la capacité de décomposer les mots en éléments. Certains enfants acquièrent cette capacité trop tardivement pour qu'ils arrivent à sortir de ce jeu de devinettes : ils ne sauront jamais bien lire.

L'approche globale renforce les difficultés des enfants qui avaient au départ des retards de langage ou de motricité. Elle exclue d'office les enfants qui ont peu de mémoire visuelle. Elle favorise l'inversion des lettres chez ceux qui ont une mauvaise discrimination visuelle ou auditive, ou chez ceux qui n'ont pas encore bien intégré la latéralisation (distinction droite-gauche). Et si l'enfant a une vraie dyslexie, lui proposer une approche globale transforme l'apprentissage de la lecture en une vraie course d'obstacle. Idem pour l'enfant dont le français n'est pas la langue maternelle.

Oui, les méthodes de lecture à départ global sont responsables d'une épidémie de fausse dyslexie, comme en attestent les orthophonistes qui ont encore une liberté de parole.


Le Ministre a-t-il dénigré le travail des enseignants ?

Ce qui inquiète le Ministre, ce n'est pas le travail des enseignants mais le fait que des inspecteurs sanctionnent des enseignants qui obtiennent d'excellents résultats parce qu'ils utilisent des méthodes syllabiques. Le Ministre se contente de siffler la fin du match entre les pédagogistes idéologues et les enseignants pragmatiques, qui sont plus attachés à la réussite des enfants qu'à la défense de leurs idées. Il y a à peine deux ans, Jean Hébrard, inspecteur général, avait demandé aux formateurs de se remettre en question. Les témoignages d'élèves d'IUFM et de parents montrent qu'il y a encore beaucoup à faire ne serait-ce que pour convaincre de l'importance d'étudier le principe alphabétique. Voici la citation de Jean Hébrard :

"Les didacticiens des années 70 dont j’ai fait partie ont été complètement remis en question : ce que j’ai écrit à cette époque à ce sujet ne vaut rien ! Dans les années 70, on avait une vue moniste : on ne fait pas deux choses à la fois ; on comprend ou on déchiffre ; si on comprend, on ne déchiffre pas ; si on déchiffre, on ne comprend pas. Beaucoup de maîtres aujourd’hui pensent comme cela. Dans la pratique, cela donne une confusion permanente. (...) Un autre problème concerne le déchiffrage. Pourquoi les maîtres ont-ils tant de mal ? Les inspecteurs généraux visitent en ce moment des CP pour des leçons de lecture : on ne montre pas le déchiffrage. Pourquoi ? Parce que cela ne serait pas intéressant intellectuellement. Cela nécessite de la répétition. IUFM et équipes de circonscription doivent renverser la tendance. Il faut rendre intéressante l’identification des mots." (journée d'étude de l'ONL, janvier 2004).

Non, le Ministre ne dénigre pas les enseignants. Il dénonce des pratiques qui leur ont été inculquées, voire imposées, et qui sont persistantes.


Pourquoi la suppression de l'approche globale est-elle contestée ?

La première raison est idéologique. L'approche globale est liée à une conception de l'éducation qui donne une part importante au plaisir d'apprendre. Peu importe que l'on apprenne vraiment du moment qu'on y prend plaisir. L'approche syllabique est considérée comme laborieuse, mécanique, voire stupide pour l'enfant. Alors que l'approche globale serait porteuse de sens, immersion dans des albums jeunesses, plaisir de la découverte par soi-même. La globale n'est pas défendue pour des raisons d'efficacité. Elle l'est parce qu'elle soutient un projet de société. C'est pour cela que les opposants ne peuvent pas débattre : les uns défendent l'efficacité, les autres un projet de société. Pour ces derniers, tout est permis tant que la transformation sociale ne sera pas atteinte, même le mensonge. Et tant pis s'il y a des enfants cassés : ces sont les douleurs de l'enfantement.

Dans la réalité, les enfants plébiscitent l'approche syllabique. Les parents pourraient témoigner du plaisir qu'ont les enfants en découvrant le principe de la combinatoire, en particulier lorsqu'ils commencent à lire des mots qu'ils connaissaient oralement par la magie de l'assemblage des lettres. Ils aiment la répétition qui leur permet de lire de plus en plus facilement. En revanche, combien arrivent à l'école avec le désir d'apprendre et développent des pathologies au bout de quelques semaines, pataugeant dans les exercices absurdes que leur réclame l'approche globale. Des mots et des textes sans queue ni tête à apprendre par cœur pour faire semblant de savoir lire et pouvoir analyser les "dessins-mots". Nous avons tous dans notre entourage des enfants qui voient l'apprentissage de la lecture comme un calvaire alors qu'ils avaient quelques jours avant une envie folle de savoir lire. Quand l'école éteint la soif d'apprendre, elle ne joue plus son rôle et c'est pourquoi la démarche globale doit être abandonnée, et cela dès la petite section de maternelle.

La deuxième raison est financière. La syllabique permet d'apprendre à lire en quelques mois et rend les manuels inutiles dès la fin du CP. L'approche globale permet de vendre des manuels tout au long de la scolarité du primaire. Il faut souvent écrire dessus, ce qui permet d'en changer chaque année. Un manuel de syllabique peut faire plusieurs générations (la preuve en est de la méthode Boscher qui a plus de 50 ans et est encore utilisée, sans la moindre mise à jour). Les éditeurs sont intéressés par la globale, les producteurs de manuel aussi.

La suppression de l'approche globale est donc contestée pour des raisons idéologiques et financières. Ceci explique sa persistance malgré ses inconvénients.


L'approche syllabique empêche-t-elle la compréhension ?

Les opposants de la syllabique dénonce une mécanisation de la lecture qui empêcherait l'enfant de comprendre ce qu'il lit. Déchiffrer ne serait pas comprendre. Il y aurait donc, d'après eux, des maîtres partisans du syllabique qui auraient comme seul objectif de faire des enfants des spécialistes du déchiffrage, sans se préoccuper du sens qu'ils donnent à leur lecture. Peu crédible, n'est-ce pas ?

Des études internationales ont montré que l'approche syllabique donnait de meilleurs résultats non seulement pour la fluidité de la lecture mais aussi pour la compréhension. Facile à comprendre : lorsque le déchiffrage est maîtrisé, l'activité de lecture des mots ne demande que très peu d'effort et le lecteur peut se concentrer sur la signification de ce qu'il lit. Ce n'est pas le cas du lecteur peu assuré qui met tous ses efforts dans l'activité de déchiffrage.

La compréhension des textes est travaillée en parallèle de l'approche syllabique. En premier lieu, par la compréhension de textes lus par le maître. Ensuite, par l'étude de phrases simples, dont le vocabulaire et la syntaxe sont adaptés à l'âge de l'enfant, sur lesquelles le maître pose des questions de compréhension. Démarche progressive qui conduit l'enfant vers une compréhension de plus en plus fine et assurée.

A l'opposée, la démarche globale, centrée sur le sens, plonge l'enfant dans des textes dont il ne maîtrise ni la lecture, ni le vocabulaire, ni la syntaxe mais dont il doit deviner (voire même inventer) le sens à partir du contexte. C'est la démarche qui est privilégiée : peu importe que l'enfant lise ou comprenne autre chose que ce qui est écrit. Nous décrivons ici l'approche proposée par les défenseurs des méthodes idéo-visuelles qui ont été condamnées récemment par les textes officiels mais qui ont laissé des traces. La preuve en est que nombre des opposants aux propos du Ministre sont des inspecteurs ou formateurs en IUFM, partisans des méthodes idéo-visuelles.

L'approche syllabique permet l'automatisation du déchiffrage. Le lecteur peut alors centrer ses efforts sur la compréhension de ce qu'il lit.


Le Ministre cherche-t-il seulement à occuper l'espace publique ?

Nombreux sont ceux qui ont essayé d'enterrer le débat sur les méthodes de lecture. Mais, ils n'ont pu empêcher les recherches de se poursuivre. Elles montrent de plus en plus clairement la supériorité de l'approche syllabique, en particulier dans les milieux défavorisés.

Il y a quatre ans, les États Unis ont décrété un retour aux méthodes syllabiques avec le programme "No child left behind". Les petits américains ont atteint cette année des performances en lecture et calcul qu'ils n'avaient pas enregistrées depuis plus de 40 ans. Après l'Ecosse, il n'est pas étonnant que la France et l'Angleterre décrètent presque en même temps ce retour. Et il ne serait pas surprenant de voir d'autres pays européens suivre le mouvement.

Cette affaire n'est pas une lubie d'un Ministre qui serait en mal de popularité. C'est un enjeu considérable qui concerne l'avenir de notre pays et le bien-être des enfants.


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Frédéric Prat
Document mis à jour le 13 décembre 2005

Lire aussi : Le retour des méthodes syllabiques
Dossier sur les méthodes de lecture

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